La méthode n’est pas nouvelle mais les déclarations qui suivent sont moins communes. Des ingénieurs de chez Toyota et Volkswagen ont démonté une Tesla Model 3, pour analyser les divers composants et surtout l’électronique embarquée. Et par électronique, il faudrait plutôt parler d’informatique embarquée tellement les véhicules Tesla sont proches d’un ordinateur avec une forte puissance de calcul. Jusqu’à récemment, les constructeurs automobiles étaient des motoristes et concevaient leur véhicule autour du bloc moteur. Tesla a créé un véhicule en partant d’un écosystème informatique et de fonctions que celui-ci doit réaliser. Une approche radicalement différente et qui se ressent aujourd’hui sur le marché des voitures électriques.

Le magazine Nikkei Business a fait intervenir des ingénieurs de l’industrie automobile pour démonter entièrement une Tesla Model 3 de dernière génération (unité centrale de contrôle Hardware 3). Après examen des puces et composants, un ingénieur Toyota a simplement déclaré : « Nous ne comme pas capable de le faire » . Cela montre d’emblée que maitriser les véhicules hybrides depuis 1997 avec la Prius n’est pas un gage de réussite dans le monde de la voiture 100% électrique.

Tesla Model Hardware 3 ECU

Un ingénieur de Volkswagen aurait déclaré que sa société ne pourrait pas arriver au niveau de Tesla avant 5 ans. Impossible pour un célèbre constructeur d’admettre un tel retard, surtout pas quand il est le premier groupe automobile au monde. Mais devenir une entreprise à la pointe de la technologie électronique et informatique ne s’improvise pas. Tesla investit énormément en l’intelligence artificielle. 5 ans de retard dans les nouvelles technologies, autant dire une éternité !

Et si Tesla est aussi performant, c’est peut-être parce que tout est fait maison. Comme Apple, Tesla a conçu sa propre plateforme avec ses propres composants et son propre logiciel. De quoi maitriser parfaitement le fonctionnement, la consommation, limiter les bugs et maitriser le produit de A à Z. Peut-être que la solution pour les autres constructeurs automobiles serait de s’affranchir des sous-traitants et d’utiliser ses propres ressources pour développer une unité de commande électronique (ECU), sous peine de ne jamais rattraper la société californienne, numéro 1 des ventes de véhicule électrique dans le monde. La gestion de l’énergie du véhicule, de la cellule à la route, ne s’apprend pas en quelques mois. Sans compter la conduite autonome Autopilot qui a une très large avance sur la concurrence, même open source (OpenPilot + OpenStreetMap).

Si Tesla n’est pas un constructeur automobile à proprement parler, on peut le comparer à Apple et Sonos. Des entreprises de nouvelles technologies qui ont vu la chose sous un angle différent. Apple a bouleversé les codes du téléphone alors que Motorola et Nokia dominaient le marché et n’ont pas su s’adapter. Sonos en proposant des enceintes connectées innovantes, loin des spécialistes audio de l’époque. Tesla voit donc la voiture comme une boite gavée d’électronique où l’informatique gère le moindre état de fonctionnement, effectue des changements de direction, analyse les conditions de circulation, etc. Ce n’est pas une simple voiture comme sont construites les Peugeot, Renault, Volkswagen, Ford, BMW… Et c’est bien ça le problème. Ces constructeurs historiques voient dans la voiture électrique un véhicule standard dans lequel on remplace le moteur thermique par un bloc électrique. Ce n’est pas ainsi qu’ils vont concurrencer Tesla, pas en proposant des ersatz de VE, Il leur faut penser différemment et sortir d’une logique vieille d’un siècle. Et comme Apple, Tesla vend ses produits à un prix très élevé et les concurrents ne peuvent pas prétendre aux mêmes tarifs de vente avec de telles différences de conception et d’utilisation.